Écrire c'est difficile mais nécessaire

Marie Darrieussecq

Rencontre avec Marie Darrieussecq, une de mes auteures préférées, pour son nouveau roman Il faut beaucoup aimer les hommes, à la bibliothèque Jean Falala à Reims.

Transcription de la chronique pour les personnes sourdes et malentendantes :

ON DIT QUE VOS ROMANS SONT POÉTIQUES ?

Le tout c’est le travail des mots. Qu’il soit dans un genre ou un autre, c’est du travail poétique, dans tous les cas. Poétique ne veut pas dire « joli » ! On peut faire du travail poétique en disant des gros mots,… Pour moi c’est toujours du travail poétique, au sens le plus littéral : la poiésis, le travail sur les mots. Je ne fais pas de différence.

QUELLE EST SELON VOUS L’UTILITÉ D’UN ROMAN ?

Dans un roman il me semble que je peux être utile, en mettant en mouvement les questions de façon beaucoup plus subtile, et avec le temps du roman. Ça prend trois, quatre heures de lire un roman… Tout ce temps-là, de m’adresser à quelque chose de plus subtil chez le lecteur. De ne pas lui faire la leçon, de vraiment mettre en scène un personnage qui vraiment ne sait pas quoi faire.

UN CONSEIL POUR LES PASSIONNÉS ?

Il ne faut pas en faire une maladie. Il ne faut pas se rendre malade avec l’écriture parce que ça c’est une pente très facile finalement. Bon et puis, il y a autre chose : il ne faut pas en faire une maladie, mais si on peut vivre sans écrire, c’est qu’on n’est pas un écrivain. Donc ça se joue entre les deux.

ÉCRIRE, DIFFICILE MAIS NÉCESSAIRE ?

J’ai eu la chance d’en faire un métier, ça a été une chance. Ensuite c’est devenu bien autre chose qu’un métier. J’ai pu conjurer la maladie par cette espèce de métier qui n’en est pas un : gagner ma vie avec l’écriture. Ça a été une chance folle, il y a très très peu de gens qui ont cette chance. Je m’apprêtais à une vie beaucoup plus austère et difficile, où je serais prof et j’écrirais. La grande majorité des écrivains sont profs, et ils ont une vie difficile, parce que c’est lessivant d’être prof. Et quand on rentre le soir, se mettre à écrire, c’est vraiment dur. Annie Ernaux a été prof très longtemps, les gens se débrouillent. Moi j’ai eu la chance de pouvoir dès mon premier roman de pouvoir ne faire que ça. C’est aussi une vaste dérive. Parce que quand on a la chance d’avoir beaucoup d’argent avec son premier roman, c’est le scénario à la Françoise Sagan : on s’achète une Porsche et de la cocaïne et c’est un autre scénario de vie. Comme j’avais été élevée dans un milieu petit-bourgeois, j’ai acheté un appartement, et je n’ai fait qu’écrire. Mais ça demande une grande force. Normalement, on est prof ou journaliste et on écrit.

LE MOT DE LA FIN ?

« Il faut beaucoup aimer les hommes » est une phrase de Marguerite Duras.
« Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup les aimer pour les aimer. Sinon ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. »

Marie Darrieussecq nous partage ses conseils d’écriture, son expérience d’écrivain professionnelle, et son parcours professionnel. Avec des références à Françoise Sagan, Olivier Cadiot et Marguerite Duras.

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